Pourquoi oublie-t-on ses rêves et comment s'en souvenir ?

Le rêve se termine, et avec lui disparaît presque tout ce qui s'y est passé. Un instant plus tôt, on était dans un tout autre monde, et quelques minutes après, il ne reste qu'une impression floue. On fait le point sur ce qu'en dit la science, et sur ce qu'on peut faire pour s'en souvenir davantage.
Pourquoi les rêves s'effacent juste après le réveil
La vitesse à laquelle le contenu d'un rêve disparaît est vraiment surprenante. Cinq minutes après la fin d'un rêve, on en a déjà oublié la moitié, et dix minutes plus tard, quatre-vingt-dix pour cent de ce qui s'y est passé s'est évaporé. À titre de comparaison, on n'oublie pas les événements de la journée à un tel rythme, ce qui laisse penser que quelque chose dans la nature même du rêve rend sa trace dans la mémoire particulièrement fragile.
La clé semble se trouver dans l'état du cerveau juste après le réveil. L'hippocampe, cette structure responsable des processus d'apprentissage et de mémorisation, n'est pas pleinement actif au moment où l'on se réveille, si bien que le contenu du rêve peut rester dans la mémoire à court terme sans avoir eu le temps de passer dans la mémoire à long terme. Autrement dit, le rêve est parfois enregistré, mais jamais vraiment sauvegardé de façon durable.
S'ajoute à cela la chimie du cerveau. Les rêves sont traités dans une zone du cerveau qui ne conserve pas bien la mémoire à long terme, et le faible niveau de noradrénaline pendant le sommeil paradoxal fait que les images s'effacent très vite. C'est un peu comme si le cerveau prenait une note au crayon qui s'efface avant qu'on ait pu la relire.
Des chercheurs de Harvard l'expliquent d'une autre façon encore. Pendant le sommeil paradoxal, les zones du cerveau chargées de transférer les souvenirs vers la mémoire à long terme, ainsi que les réservoirs de cette mémoire eux-mêmes, sont relativement mis en veille, comme le souligne la chercheuse en sommeil Deirdre Barrett, de la faculté de médecine de Harvard. Ce contexte physiologique explique pourquoi même un rêve très vif peut s'évaporer avant qu'on ait eu le temps d'attraper son téléphone ou son carnet.
L'oubli des rêves est-il volontaire ?
Sigmund Freud avait sa propre théorie sur la question. Il pensait qu'on oublie ses rêves parce qu'ils contiennent des pensées et des désirs refoulés, et qu'inconsciemment, on ne veut donc pas vraiment s'en souvenir. La science actuelle voit les choses de façon plus biologique, mais la question de la fonction de l'oubli revient encore régulièrement dans les recherches sur le sommeil.
Caroline Horton, chercheuse spécialiste du sommeil et des processus cognitifs, suggère que se souvenir de ses rêves n'est pas forcément nécessaire pour en tirer profit. Elle remarque que, puisque le rêve n'a peut-être pas de fonction précise, on traite ses émotions pendant qu'on rêve sans que cela nécessite de s'en souvenir pour en bénéficier. Ce regard enlève un peu de pression autour du simple fait d'oublier.
On ne sait pas non plus vraiment si les personnes qui affirment ne jamais rêver rêvent réellement moins souvent que les autres. La science n'a pas encore établi si les gens qui ne se souviennent jamais de leurs rêves en font effectivement moins que ceux qui s'en souviennent souvent, ou s'ils les oublient simplement plus facilement. Cela montre que la frontière entre l'absence de rêves et l'absence de mémoire de ces rêves reste assez floue.
Il y a aussi quelque chose d'assez pratique là-dedans pour notre fonctionnement quotidien. On est naturellement tourné vers l'avenir, ce qui explique pourquoi retenir quelque chose juste après le réveil peut être difficile, et le cerveau semble même programmé pour ignorer les rêves, sans doute pour éviter de les confondre avec de vrais souvenirs. On peut voir cela comme un mécanisme naturel de tri plutôt que comme un défaut.
Qui se souvient le plus souvent de ses rêves, et pourquoi
On n'oublie pas tous ses rêves au même rythme. Selon une étude de 2017, l'intérêt pour les rêves et la capacité à s'en souvenir sont liés à l'ouverture à l'expérience, ce trait de personnalité qui se caractérise par l'envie d'essayer de nouvelles choses et d'explorer des idées inhabituelles. Les personnes curieuses et portées sur l'imagination se réveillent plus souvent avec une histoire en tête.
Les différences se voient aussi au niveau du cerveau. Les recherches sur les rêves lucides suggèrent que les zones cérébrales liées à l'attention sont plus actives chez les personnes qui se souviennent mieux de leurs rêves, ce qui indique des différences neurologiques de base. Ce n'est donc pas une question de bonne volonté, mais bien la façon dont le cerveau fonctionne, même avant le réveil.
Le sexe entre également en jeu, même si ce n'est pas une règle absolue. Les femmes ont tendance à se souvenir de davantage de rêves que les hommes, bien que de nombreux autres facteurs influencent aussi cette capacité. On observe des différences similaires selon l'âge et les habitudes de sommeil au quotidien.
De façon générale, l'activité cérébrale, l'architecture cellulaire et les traits de personnalité influencent la capacité à se souvenir de ses rêves, et la rapidité avec laquelle on passe du sommeil à l'éveil compte également. Plusieurs facteurs dépendent aussi de la durée du sommeil et de la vitesse de cette transition vers le réveil. C'est pourquoi une personne peut se réveiller avec toute une histoire en tête, et une autre avec le vide complet.
Des méthodes qui aident vraiment à se souvenir de ses rêves
L'outil le plus simple et le plus efficace reste le carnet posé près du lit. Il vaut mieux se coucher et se lever à des heures régulières, limiter les distractions avant de dormir et garder un carnet de rêves à portée de main. Pour certaines personnes, se souvenir de ses rêves vient naturellement, mais pour la plupart d'entre nous, c'est plutôt une compétence à développer, justement grâce à la tenue d'un journal de rêves.
Avant même de s'endormir, il vaut la peine de se fixer une intention simple. Se répéter avant de dormir qu'on souhaite à la fois rêver et se souvenir de ce rêve peut renforcer la capacité du cerveau à le rappeler, car l'intention elle-même a un effet stimulant. Fait intéressant, le simple fait de penser à commencer un journal de rêves augmente souvent la capacité à s'en souvenir, avant même d'avoir écrit la première phrase.
Il vaut mieux aussi ne pas se précipiter pour sortir du lit. Le moment de transition entre le sommeil et l'éveil complet est fragile, et la rapidité avec laquelle on en sort influence ce qu'on parvient à sauver de l'histoire de la nuit, avant que l'attention ne se tourne vers les projets du jour. Rester un instant immobile et essayer de rappeler ne serait-ce qu'une image ou une ambiance laisse au cerveau une chance d'achever le transfert du souvenir.
Partager ses rêves avec d'autres personnes est une autre méthode, moins évidente. On peut proposer à un proche d'échanger des messages sur les rêves le matin, car plus de gens acceptent volontiers qu'on ne pourrait le penser, et le simple fait de partager ses rêves aide à s'en souvenir. Raconter un rêve à voix haute oblige à assembler les fragments en un tout cohérent, ce qui en soi renforce la mémoire.
Un mode de vie qui favorise la mémoire des rêves
La qualité et la régularité du sommeil influencent directement ce dont on parvient à se souvenir. Des facteurs comme un manque de sommeil paradoxal, des rythmes de sommeil perturbés ou certains médicaments peuvent affaiblir la vivacité des rêves et la mémoire qu'on en garde. Un rythme stable de coucher et de lever donne au cerveau davantage d'occasions de vivre des cycles complets de sommeil paradoxal, ceux où naissent les rêves les plus marquants.
La durée du sommeil compte aussi, et plus qu'on ne pourrait le croire. Les personnes qui dorment moins longtemps se souviennent nettement moins de leurs rêves que celles qui dorment plus, comme le fait remarquer Barrett. Les cycles de sommeil paradoxal successifs au cours de la nuit s'allongent, si bien que les dernières heures de sommeil fournissent souvent la matière la plus riche à se remémorer.
L'état psychologique dans la journée compte également. Des facteurs comme le stress, la qualité du sommeil, et même la génétique peuvent jouer un rôle, ce qui explique que les soirées chargées de tension ou d'agitation sont souvent moins favorables à la mémorisation ultérieure des rêves. Apaiser son esprit avant de dormir n'aide pas seulement à mieux s'endormir, cela aide aussi à mieux se souvenir de ce que la nuit apporte.
Il vaut aussi la peine de garder à l'esprit que se souvenir de ses rêves est plutôt une bonne nouvelle en soi. Se rappeler ses rêves peut indiquer qu'on a bénéficié d'une quantité suffisante de sommeil paradoxal, la phase la plus étroitement liée aux rêves vifs. Alors si quelqu'un commence à s'en souvenir davantage, cela signifie souvent aussi qu'il dort mieux et plus profondément.
À quoi bon noter ses rêves
Les rêves que l'on note sont rarement le fruit du hasard. Les rêves vifs ne sont pas de simples caprices de l'inconscient, mais reflètent ce qui se passe dans notre vie, selon les psychologues. Tenir un journal permet de repérer les thèmes, émotions ou personnages qui reviennent, et qui échappent facilement à l'attention pendant la journée.
Une pratique régulière ouvre aussi la porte à un rapport plus conscient à ses propres rêves. Plus on est en phase avec ses propres rêves, plus on se rapproche d'une forme de rêve plus active et consciente, ce qu'on appelle les rêves lucides, où la personne a conscience, pendant le rêve, qu'elle est en train de rêver.
Le simple intérêt pour le sujet peut faire plus d'effet qu'on ne le pense. Essayer de se souvenir de ses rêves, ou même simplement s'intéresser au sujet des rêves, augmente temporairement la capacité à s'en souvenir, donc si quelqu'un en a beaucoup parlé ou vient de lire un article à ce sujet, il se peut qu'il se souvienne davantage cette nuit-là. On peut donc dire que le simple fait d'être attentif à ses rêves les rapproche déjà de nous.
Chez Signification des rêves, on aborde tout cela calmement, sans précipitation et sans chercher une seule réponse définitive dans chaque symbole. Un journal de rêves n'est ni un diagnostic ni un oracle, seulement une trace discrète de ce qui traverse notre imagination la nuit. Parfois, une seule phrase notée dans l'obscurité suffit pour découvrir, avec le temps, que les rêves ont leur propre rythme, patient et bien à eux.
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Questions fréquentes
›Pourquoi je ne me souviens jamais de mes rêves ?
Cela peut venir du fait que tu te réveilles en dehors d'une phase de sommeil paradoxal, que tu dors peu ou de façon irrégulière, mais aussi de caractéristiques propres à ton cerveau et à ta personnalité. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette absence de mémoire des rêves, dont le réveil hors phase paradoxale, un niveau de stress élevé, une mauvaise qualité de sommeil ou la chimie du cerveau. Cela ne signifie pas que tu ne rêves pas, seulement que c'est plus difficile pour toi de t'en souvenir.
›Peut-on apprendre à se souvenir de ses rêves ?
Oui, c'est une compétence qui peut se travailler en tenant régulièrement un journal, en se fixant une intention avant de dormir et en restant immobile quelques instants juste après le réveil. Pour beaucoup de personnes, c'est un savoir-faire à développer, justement grâce au journal de rêves. Les résultats apparaissent généralement après quelques semaines de pratique régulière.
›Dormir plus longtemps aide-t-il à se souvenir de davantage de rêves ?
Oui, car un sommeil plus long signifie des cycles de sommeil paradoxal plus nombreux et plus longs, ceux où naissent les rêves les plus marquants. Les personnes qui dorment moins se souviennent nettement moins de leurs rêves que celles qui dorment plus longtemps. Il vaut donc la peine de veiller à dormir suffisamment si l'on souhaite mieux se rappeler ses images nocturnes.
›Noter ses rêves juste après le réveil aide-t-il vraiment ?
Oui, car le contenu d'un rêve s'efface le plus rapidement dans les toutes premières minutes qui suivent le réveil, donc plus on note vite ne serait-ce qu'un fragment, plus on a de chances de le fixer durablement. Même une seule phrase ou un simple mot noté immédiatement vaut souvent mieux que d'essayer de tout se rappeler plus tard.